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vie ma vie de prof #1

 

Comme tu le sais peut être si tu suis ce blog où si tu as lu la page « à propos » (qui s’appelle en vérité : « Mais qui c’est celle là? ») tu sais que je suis prof… Oui oui, une prof d’Arts appliqués hein.. pas d’Arts plastiques… Rien à voir!

Je bosses donc en lycée pro et j’enseigne (du moins j’essaye) à mes élèves tout ce qui est « création autour de leur futur domaine professionnel ». Traduction : si j’ai des élèves en hôtellerie, Je leur parle, logo, image de marque, stylisme (vêtement de travail), déco et architecture de resto, arts de la table, design culinaire etc. etc… Tu vois?

Je n’ai pas toujours travaillé chez ce cher « éducation nationale ». Avant je bossais dans le dessin animé et le jeu vidéo… Grand écart professionnel. Tadaaaa! Et ouiii… Mais j’aime mon travail. C’est vivant, changeant, challengeant, etc. Je me sens libre et j’aime ça. Libre de mon organisation, de mon temps, de la façon dont je vais faire passer mon enseignement etc.

Attention! Je ne dis pas que c’est un métier idéal. Loin de là. Je peste contre les lenteurs administratives, le manque de moyen, le matériel pourri, et contre le comportement de certains élèves et de certains parents. Mais dans l’ensemble je suis satisfaite de ce que j’ai.

Donc voilà… j’en arrive enfin au pourquoi de ce post. Il m’est arrivé, au cours de ma toute petite carrière (c’est une reconversion professionnelle, je te rappelle et en plus je suis super jeune… C’est peut être pour ça que j’aime encore mon boulot d’ailleurs…) d’entendre de jolies perles de la part des élèves et j’ai donc décidé de te les raconter régulièrement.

Alors… Commençons par le commencement. C’était lors de ma première semaine d’enseignement, dans le Nord, près de Lille, dans un lycée « légèrement » défavorisé. Au moment d’entrer en classe j’entends deux élèves style « princesse R’n’B » parler du RedBull que tiens l’une d’elle à la main :

« – Tu bois ça toi? Mais t’as pas peur?

– Peur de quoi? répond l’autre (celle à la canette de RedBull)

– Bah des risques…

– Des risques de quoi?

– Bah de tomber enceinte… Y a du sperme de taureau là dedans, j’te signale! » Lui explique-t-elle avec des regards consternés face à tant d’ignorance.

Et l’autre de jeter immédiatement sa cannette dans la poubelle d’un air dégouté… Je ne pouvais pas laisser passer ça. Et me voilà, toute jeune contractuelle, à peine plus âgée qu’elles, en train d’expliquer à une classe médusée que non, on ne peux pas tomber enceinte en buvant du sperme, et encore moins celui d’un animal, et que, de toute façon il n’y a pas de sperme le RedBull…

Et oui… Aucune chance d’engendrer un minotaure de cette façon… raté!

La suite au prochain numéro… Et je t’assure que tu vas avoir le droit à de l’imagé, du gratiné, du… Pfiouuu… Bref, si tu crois que cette perle-ci est abusée, attends de voir les autres!

Je vais bien ne t’en fais pas

Salut l’internet,

En fait je ne sais pas vraiment comment commencer ce post, mais j’ai besoin de raconter mes états d’âme. De t’écrire comme si je m’écrivais à moi-même. Pour essayer de comprendre. Pour essayer de me comprendre.

Comme tu le sais peut-être je me suis fait opérer il y a quelques jours. Rien de grave. Une petite cœlioscopie/ hystéroscopie comme il y en a des milliers de pratiquées chaque jour partout en France. Tout s’est bien passé. Il ne reste presque rien de ce passage sur le billard. Juste 3 petits points bien ficelés qui cicatrisent comme il faut…

Hier tout semblait aller pour le mieux. Je devais reprendre le travail. J’y étais préparé. Il le fallait.

Et pourtant aujourd’hui je suis allée voir mon médecin pour être « prolongée ». Et pun…naise rien qu’en écrivant ces mots je me sens mal. Je ne devrais pas. J’ai été opérée il y a moins de deux semaines. J’ai encore mal. Je ne me sens pas de rester debout toute la journée devant 30 élèves turbulents. J’ai besoin de plus de temps. Point à la ligne.

Alors pourquoi est-ce que j’ai ce sentiment d’illégitimité ? Pourquoi je me sens coupable ? Et puis de quoi d’ailleurs ? Merde ! Je culpabilise même de culpabiliser. Mais il est où le problème ?! Je suis la première à dire aux autres qu’ils ne doivent pas s’en vouloir de ne pas être toujours au top, d’avoir leurs failles, mais quand il s’agit de moi je change de discours ? Pourquoi ?

Je crois que je subis les relents d’une caricature trop souvent entendue sur les profs (tu saiiis, ses feignants qui profitent du système) et que j’ai fini par faire mienne, malgré moi.

Quand que je me suis reconvertie dans l’enseignement (bah oui, avant je bossais dans le dessin animé = Grand écart professionnel) je me suis jurée, à moi-même que je ne deviendrais jamais ce prof blasé, partisan du moindre effort, enchaînant arrêt maladie, sur arrêt maladie (mais miraculeusement sauvé à la veille des vacances)… Une bien « belle » image, non ? Car oui ce n’est que ça, une image, fictive, qui ne reflète en rien la réalité des personnes que j’ai pu croiser depuis que je travaille dans l’enseignement.

Et pourtant cette image m’a marquée au fer rouge. Qui n’a jamais entendu cette phrase : « ah ouii, mais vous les profs… ». Rayer la mention inutile :

  • Vous êtes toujours en vacances
  • Vous ne travaillez jamais (ouai 18 heurs par semaine… laissez-moi rire !)
  • Vous êtes toujours en grèves
  • Vous vous plaignez tout le temps
  • Vous êtes toujours en arrêt maladie
  • Etc. etc.

Même les gens de mon entourage. Ceux qui me connaissaient avant, qui savent que je ne suis pas come ça, m’ont tenu ces discours. J’ai dû me justifier. Prouver pas A+B que je mérite mon salaire et que je ne tire pas au flanc (loin de là).

Mais voilà. Aujourd’hui la prof a fait renouveler son arrêt maladie.

Alors aujourd’hui la prof elle aimerait crier au monde qu’elle emmerde ceux que ça dérange… Alors qu’au plus profond d’elle-même elle s’en veut de laisser ses élèves, ses cours, ses collègues, ses réunions, ses plannings… Elle s’en veut de ne pas être d’attaque, s’en veut d’être faible, s’en veut de s’en vouloir et d’avoir à écrire ce billet pour se justifier, alors qu’elle n’a pas à le faire.